Périgueux le 8 décembre 1947
Mon petit Poulet Chéri
Voici plus d’une semaine que je quittais le Pin, plus d’une semaine qui n’a guère apporté de changement à la situation mais qui pour chacun de nous est bien perdue; tu sais chérie quand repense à tout le travail que j’ai laissé là bas ou déjà une année d’absence avait augmenté la tache de chacun il y a des moments, devant l’incertitude de mon proche retour, j’éprouve un peu de langueur. Il m’avait suffit de retrouver tous ces chers, puis mon travail, mes champs pour oublier cette année creuse pour nous et dans cette douce liberté recouvrée qui me permettait de retrouver mon petit Amour assez fréquemment et près du sien bercer mon petit coeur, j’avais laissé germer dans mes pensées de tendres projets; oh pourquoi quand de tout son petit coeur on comprend et on aime, ne pas rêver de bonheur et désirer le gourou tout près un de l’autre rien ne manquera aux douceurs de notre petit nid. Oh ma petit Chérie je ne cesserai d’entrevoir ces douces joies rêvées ensemble, mais déjà une nouvelle épreuve vient quelque peu voiler cette perspective d’autant plus pénible que l’on ne connait sa durée ou même son issue; peut être serons nous appelés un et l’autre à de durs sacrifices et à être courageux, nous tacherons de l’être.
Je t’assure ici en chambrée certains ont drôlement le cafard; heureusement d’autres sont plus courageux; du moins ne le laissent pas paraitre; pour ma part il parait que je suis trop optimiste; remarque qu’il vaut mieux je t’assure; je me demande ce qu’ils feront les démoralisés si ça va mal. Il est vrai que l’histoire du courrier qui nous parvient très irrégulièrement n’est pas pour redonner du courage, voici huit jours que nous sommes ici encore pour nous aucune lettre et certains se plaignent parmi la 47 de n’avoir de nouvelles de chez eux depuis trois semaines; il est vrai que les boites aux lettres vidées dans les égouts ne doivent pas satisfaire les destinataires des missives; enfin comme on risque de s’attendre à encore plus d’irrégularités je conserve ma patience peut être aujourd’hui j’aurai une lettre de mon petit Amour.
Hier nous n’étions pas de service aussi j’en ai profité pour revoir Périgueux; le matin je suis allé à la messe à la cathédrale St Front, l’après midi nous nous sommes un peu promenés avec les camarades nous avons reçu ces « raccrocheuses de militaires » qui, elles semblaient toutes radieuses de notre retour; comme j’avais une perme de spectacle, le soir nous sommes allés avec quelques copains au cinéma, pour essayer de vaincre la nostalgie. Oh! Tu sais petite Chérie les plus beaux films ne sauraient valoir les instants passés près de ma petite Dulcinée où tous les deux seuls nous laissons causer nos petits coeurs; O ma petite Chérie il me semble que lorsque je suis près de toi je ne mesure pas autant le bonheur que ces minutes langoureuses où pour mon petit coeur ce n’est qu’un souvenir. Il me semble que je devrais encore plus être affectueux pour toi mon petit Trésor; tout ce suprême bonheur que j’ai d’être si tendrement aimé en cette époque où les amours sincères sont de plus en plus rares, Oh! comme je voudrais te le témoigner encore davantage mon petit Brin d’Amour; être ton petit Chou qui jamais ne devrait te faire la moindre peine en te donnant pour toujours et chaque jour tout l’amour qu’il peut y avoir dans mon petit coeur, t’aimer et te prouver toute la vie que je t’aime.
Mon petit Chou à bientôt je vais tacher d’être bientôt près de toi, en attendant le jour de mon retour reçois mes plus tendres baisers et mes plus douces caresses. Celui qui t’aimera toujours car tu as été la petite Etoile de ma vie pour pouvoir n seul instant t’oublier. Pour toujours à toi ma petite Chérie. Ton petit Lou. Chérie chérie Oh! que je t’aime.