Périgueux le 29 janvier 1948
Mon petit Trésor chéri
Après cette journée de garde, avant d’aller faire dodo ‘car je sens que ce soir je ne vais pas veiller bien tard’, je viens faire un petit brin de causette avec mon petit Poulet chéri. Hier j’ai reçu ta lettre de dimanche. Oh ! une longue lettre de ma petite Mie, mais si j’étais tout heureux de tant de nouvelles; je constate que toutes ne sont pas excellentes et mon petit trésor est toujours fatigué; O ma petite Chérie qu’est ce que je pourrais bien faire pour que tu ne sois plus jamais malade ? Quand on souffre, que quelque chose ne vapes, on ne peut pas être aussi gai, aussi heureux que les autres et on ne peut pas bien partager tout le bonheur, o comme ils ont de la chance ceux qui ne sont jamais malades, en plus, tout en eux est fortifié par cette joie de vivre. Je t’assure c’est une drôle de bouclier contre la maladie; tu verras mon petit Poulet, quand je serai pour toujours avec toi nous nous abriterons derrière mon bouclier; il me suffira déjà de te dire que lorsque j’aurai reçu la centième lettre que tu m’aura envoyé depuis que je suis soldat, je n’en recevrai plus à la caserne pour te donner un peu de courage, surtout si je te dis de celle que j’airas dû avoir aujourd’hui est la quatre vingt dix huitième, aussi mon petit Poulet, guéris bien vite……
Je crois que cette nuit je me suis enrhumé, chaque fois que je passe la nuit au poste j’en accroche un peu et puis qu’est ce qu’on est mal la nuit, tu te représentes dans le poste il y a huit sommiers de lit militaires, lorsque nous avons vingt-sept sentinelles au corps de garde dont neuf perpétuellement en service; pendant les quatre heures de repos nous sommes dix-huit à nous disputer les malheureuses huit paillasses éventrées « comme une nichée de petits chiots dans leur niche » il te faudrait rentrer une nuit à a caserne à deux heures tu pourrais t’en donner une idée en passant au poste.
Hier nous avons fait une marche de près de seize kilomètres avec notre équipement d’hiver, quand on est rentré à midi on n’en pouvait plus; heureusement qu’à l’armée on n’est pas à une refroidissement près, nous avons la peau dure surtout lorsque en arrivant on apprend que la nuit on est de garde, enfin il vaudra mieux la vie civile pour mieux se conserver, tu ne crois pas petit Trésor. Ce matin quand on m’a réveillé pour prendre ma troisième faction j’avais toute l’échine courbaturée et les temps qui me battaient comme un symptôme d’asphyxie, tu penses mon collègue de couche me soufflait tant qu’il pouvait dans les narines et j’étais couché sur deux bords de lits. Oh quelle vie.
J’espère bien qu’avant longtemps tout cela ne sera que des vieux souvenirs dont nous rirons bien ensemble mais tu sais je ne désire pour le moment nullement que ça revienne trop souvent d’actualité, heureusement pour effacer tout cela j’ai des nuits que je remplis bien.
Mon petit Trésor chéri encore une prompte guérison pour ta pleurite; et qu’elle ne laisse aucune trace. Reçois petite Chérie tous mes plus doux baisers sur tes lèvres bien aimées et du petit coquinou toutes ses plus douces caresses.
O petit Chou bientôt, peut être tout bientôt… ? je t’airai dans mes bras, je pourrai te serrer contre mon petit coeur et te donner tout ce mois de tendresse que nous avons en dettes.
Encore tout mon petit coeur; chérie je t’aime.
Ton coquinou de petit Lou